1. UN PARCOURS DE COMBATTANTE…
Il m’a fallu attendre 16 ans d’expérience artistique pour
enregistrer enfin mon premier album pop. Non pas que les opportunités
aient manqué depuis tout ce temps, mais toutes les tentatives de le
faire produire par des « professionnels » du disque se sont soldées
par des échecs consécutifs. Toujours le même discours,
qui se résume à : « nous n’avons pas les moyens
d’assumer le lancement d’un nouvel artiste de carrière
», ces derniers préférant opter pour des produits sur
mesure, plus faciles, où l’on peut tirer le maximum de bénéfices,
y compris sur les droits d’édition.

Car il est en effet très courageux d’entreprendre un tel enregistrement quand on sait que le monde de la variété rock n’appartient qu’aux majors, qui font la pluie et le beau temps et qui placent la barre très haut en terme de qualité d’écoute ! Et « un bon produit » coûte une fortune, ce qui n’est qu’à la portée des plus riches de ce monde. Il y a donc peu de chances pour qu’une petite provinciale comme moi, sortie de sa campagne du Sud-Ouest puisse faire le poids du haut de ses sabots.
Pourtant ma richesse, je l’ai trouvée ailleurs, dans l’inspiration
d’abord, puis dans les gens qui se sont investis avec et pour moi. Ensemble,
on a donné naissance à une œuvre, pleine de vérité
et de beauté. Quelque chose me dit que le public adoptera, car c’est
pour lui avant toute chose qu’il a été écrit, pour
tous ces gens qui sont en quête d’émotions et d’authenticité.

2. AUTOPORTRAIT DES CHANSONS.
Mon écriture est dite « automatique », j’écris
spontanément sans me soucier du contenu. Et puis, la magie opère
d’elle-même.
J’ai, pour ce faire, fait le tri dans bon nombre de mes chansons pour
en tirer ce que j’appelle « la quintessence » des inspirations
de mes dernières années.
La plus ancienne d’entre elles, 1996, c’est « Sortez-moi de l’ombre ». Inutile de vous faire un dessin, vous en avez compris la signification première.
Même si je me suis adoucie depuis, et que je
relativise plus, elle est toujours d’actualité, surtout en cette
période où tous les jeunes rêvent de devenir des stars.
Et puis, la vraie raison est qu’elle a l’étoffe d’un
titre qui se retient bien.
Peu de temps après, j’ai écrit « All I want is »
pour une chanteuse nommée Angie Lee. Je l’ai reprise car elle
est à l’image de cette nouvelle jeunesse désenchantée
et perdue, mais qui pourtant voudrait s’en sortir. Une version acoustique
où les cordes apportent douceur et romantisme sur un arrangement de
mon ami Gilles Mays.
J’ai écrit une grande partie des chansons tout au long de l’année
1998, en commençant par le titre de l’album lui-même «
Ma Trace », qui se situe parfaitement dans la continuité du premier,
une sorte de complainte de l’artiste qui crie son besoin de reconnaissance,
une envie personnelle de laisser une empreinte, un appel aussi au partage.
Une forme également de solitude, sentiment que l’on retrouve d’ailleurs dans « Ne me laisse pas plantée », mais qui a, cette fois-ci, une connotation sentimentale. L’amour torturé s’inscrit aussi dans l’intrigante « Doucereuse symphonie », que j’affectionne tout particulièrement, car la musique décrit bien le mal-être que j’ai voulu évoquer dans le texte, celui d’un homme tourmenté par ses sentiments d’amour qu’il se refuse de manifester à tout prix, par peur de corrompre son honneur et sa fierté.
«Qu’est-ce que tu espères » s’adresse à
cette catégorie de personnes paresseuses et profiteuses que j’avais
envie de dénoncer. Un petit cri de protestation…
A l’inverse, j’ai écrit des messages d’amour et d’amitié
en m’adressant naturellement à mes amis, avec une pointe d’humour
et de complicité pour mes meilleures copines dans « Reines »,
puis par un message de tendresse à une petite fille avec « Ne
grandis pas trop vite », qui a d’ailleurs bien grandi depuis,
chose à laquelle on n’échappe pas, le temps qui passe.
Et puis, « Chanson pour un solitaire » qui est la vraie description d’un garçon que j’ai croisé et qui est de ceux qui vous laissent un souvenir indélébile tant ils vous inspirent la pureté de l’âme.

Comme dans beaucoup d’histoires d’amour, il y a une séparation. Je n’ai pas dérogé à cette règle, et comme l’art a cette particularité de vous servir de thérapie, il a bien fallu que j’exprime mes propres sentiments de colère à travers « Je tourne en rond » et « J’ai perdu la mémoire ». Ce dernier relate une ancienne relation forte où la ville de Paris jouait un rôle important. D’où la relation entre le lieu et l’amour déçu qui se confondent ; alors que la première décrit une attitude d’ auto défense relative à la période d’écriture de celle-ci.
Comme pour oublier cette atmosphère négative, j’ai ensuite
écrit « Et si tu restais », sans m’adresser à
une personne en particulier, mais tout simplement, tel un message simple d’amour
naïf qui fait un peu rêver, sans réflexion aucune.
Puis, mai 1999, une coup de coeur sentimental avec un jeune homme d’origine
marocaine, qui m’a ouvert les yeux sur l’injustice due aux préjugés
liés aux différences d’origines, de cultures et de couleurs.
En somme, j’ai écrit un message universel de tolérance
faisant appel à l’honnêteté, l’amour et le
respect de tout un chacun, « Dis-le-moi ».
Pendant 3 ans, j’ai quasiment cessé d’écrire, car
je me suis consacrée entièrement au jazz. Mais le naturel revenant
au galop, un retour d’inspiration est apparu peu de temps avant la mise
en place de ce premier album. Ainsi sont nés «J’attends
», une confidence d’un homme qui m’a donné l’envie
d’écrire une chanson où les personnes esseulées,
désespérées de ne pas trouver l’âme sœur,
pourraient se retrouver.
Puis, « Ne le dis pas », qui dénonce
l’indifférence et l’individualisme grandissant de notre
société de consommation, de jeunes gâtés pourris
qui n’ont jamais vraiment souffert.
Quant à l’interlude de guitare, « Guitare Clandestine »
c’est un petit délire personnel qui m’est venu pendant
la préparation de l’album qui a fait l’objet de pragrammations
sur les ondes de France Culture. Merci Daniel !
J’ai tenu à mêler à la fois un style marqué,
à caractère rock, mais aussi une couleur un peu typée
du style pop américaine qui va chercher dans les sons à influence
« country », due à l’utilisation d’instruments
comme la guitare pedal steel, la guitare dobro, la mandoline, et même
le violon. J’ai également tenu à respecter un esprit totalement
acoustique, sans utiliser aucune programmation. Les titres tels qu’ils
ont été enregistrés, sont fidèles au son que l’on
retrouve en concert.
Alors bon voyage dans mon univers qui vous ressemble…
Lo Jay, le 11 Janvier 2004